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Recherche-action

sur l’inter-compréhension

Franco-Bulgare

Menée par La Maison du Patrimoine Oral de Bourgogne et pilotée par La Ville d’Autun

LE PROJET

Ce site fut notre réponse aux difficultés à se rassembler durant la crise COVID.
Ainsi nous avons constitué un ensemble de ressources ethnologiques pour vous proposer d’expérimenter un changement de point de vue, d’acquérir des connaissances sur les politiques culturelles et l’histoire politique de la Bulgarie et de ses minorités, de travailler une posture de médiation/discussion entre les références françaises et les références des Autunois-Bulgares.
Vous y trouverez différents contenus issus des enquêtes de terrain sous formes d’articles et de capsules vidéos.

Présentation

En 2019, la sous-préfecture d’Autun met en place un comité de pilotage autour de la présence des ressortissants bulgares. Dans ce cadre, la Direction de la Cohésion Sociale et Urbaine (DCSU) de la ville d’Autun a sollicité la Maison du Patrimoine Oral de Bourgogne (MPOB), située à Anost, pour un accompagnement scientifique et culturel, afin de coordonner une recherche-action expérimentale et participative avec les acteurs institutionnels et associatifs concernés et les ressortissants de nationalité bulgare résidants dans la ville d’Autun.
La  MPOB conduit une mission d’ethnologie active, sa démarche de science-action se développe au plus proche du vécu des publics et l’oralité y est considérée comme un vecteur fort d’émancipation et de cohésion sociale.
La sensibilisation de tous les acteurs à l’approche ethnologique peut être un levier d’ouverture pour des professionnels.
Ce type de démarche vise à produire des nouvelles connaissances et favorise la mise en œuvre d’actions concrètes portées par les acteurs.
Elle est participative car le chercheur ne se place pas en surplomb des acteurs, les interlocuteurs sont considérés comme des partenaires de réflexion. Cela permet de mettre autour de la table des savoirs différents, sans les hiérarchiser, afin de composer en commun des connaissances et des actions avec l’ensemble des acteurs impliqués.
Les formes de transmission des résultats de la recherche intègrent la nécessité d’être compris par le plus grand nombre et visent notamment à équiper les acteurs pour le renouvellement de leur posture opérationnelle.
Le site Ederlezi est un outil de transmission et un support de réflexion partagée ouvert à l’ensemble des participants à cette démarche. Il est le fruit d’un travail collectif entre des ethnologues de terrain de la MPOB, un média local ODIL, des médiateurs de la ville d’Autun qui facilitent les rencontres avec les Autunois bulgares et des chercheurs anthropologues, sociologues, politistes, etc. qui nous aident à questionner finement notre situation.
Ederlezi s’écrit parfois Hidrellez ou Guerguiovden en fonction de la langue maternelle. Il s’agit de la fête du printemps célébrée par de nombreux peuples turcs, macédoniens, bulgares, quelle que soit leur religion.
Un signe de renouveau et de chance pour une grande partie des Balkans. Un espace particulier où s’apaisent les tensions et où se rencontrent des cultures et des langues, des musiques et des pratiques, dans un esprit de confiance dans l’avenir.

Préambule

Le contexte

Depuis une dizaine d’années et l’adhésion de la Bulgarie à l’Union Européenne, de nombreux ressortissants de Bulgarie sont venus s’installer à Autun de manière spontanée dans le cadre de la liberté de circulation des travailleurs européens. Beaucoup sont allophones et certaines de leurs pratiques ordinaires sont en décalage avec les us et coutumes locales. Ces nouveaux habitants issus de l’Union européenne déstabilisent le contexte local et l’ensemble des secteurs de prise en charge et d’accompagnement.
En septembre 2019, le sous-Préfet et le maire d’Autun rassemblent un comité de pilotage face aux problématiques de plus en plus aiguës liées à l’accueil de ces personnes et face au sentiment d’impuissance de la plupart des services.

Une compétence en ethnologie à mobiliser

La MPOB est reconnue comme un lieu national de ressources et de recherche autour de l’action scientifique et culturelle en ethnologie (ethnopôle du ministère de la Culture et de la Communication). Elle développe des compétences élaborées au sein d’un mouvement associatif et culturel issu du territoire et professionnalisé au cours des 10 dernières années. L’ethnologie y est exercée comme discipline intellectuelle et outil d’analyse d’un monde social en mutation (mixité culturelle qui se généralise, nouveaux liens entre l’homme et la nature, besoin omniprésent de reconstituer des collectifs). Cette discipline y est aussi mobilisée pour soutenir des processus qui favorisent des transformations sociales visant une plus grande solidarité entre les humains, et une prise de capacité des groupes discriminés. L’oralité est l’instrument de base de toutes ses actions. L’oralité recouvre un nombre important de pratiques d’expression directe qui engagent des sons et des gestes, des rapports humains et sociaux, des modes de transmission en dehors de l’académisme. L’approche de la MPOB mêle ainsi des méthodologies des sciences sociales, des compétences artistiques, une expertise en ingénierie de projets issue de l’éducation populaire.
Une demande sociale et professionnelle forte des acteurs autunois :
Lors du comité de pilotage du 25 septembre, la MPOB a fait connaître sa volonté de venir en soutien dans ce contexte pour lequel elle dispose d’outils efficients. La plupart des participants ont peu à peu pris contact avec les ethnologues de la MPOB pour expliciter leur besoin d’aide et d’appui : hôpital, OPAC, gendarmerie, services de la ville, services du département, associations sociales et culturelles, enseignants de l’Education nationale. Tous témoignent d’une volonté de trouver des solutions pour améliorer la prise en charge et lutter, à l’intérieur même de leurs équipes, contre les postures qui, dans un sentiment d’impuissance de plus en plus intense, deviennent discriminantes. La faillite économique de certains dispositifs d’accueil du secteur privé est une autre motivation pour changer de méthode (sur-mobilisation des agents, absence de retour sur investissement suffisamment significatifs, etc.).
L’incompréhension et des tensions vécues par les Autunois bulgares : Plusieurs Autunois bulgares témoignent de leur sentiment d’être discriminés à différents niveaux et face à différents interlocuteurs. Ils comptabilisent des reproches dont ils ne comprennent pas les causes. Dans ce climat d’incertitude et de méfiance, ils ne trouvent pas les issues afin de satisfaire à ce qu’on attend d’eux, tout en restant ceux qu’ils sont (la peur de perdre leur identité est un sentiment récurrent lors de nos échanges). Par ailleurs, ils sont nombreux et la catégorie de « Bulgare » qu’on leur assigne est de leur point de vue erronée, leur groupe n’est pas homogène et leur identité est complexe.

Posture et méthode de la démarche

L’ethnologie active
La sensibilisation de tous les acteurs à l’approche ethnologique est un levier d’ouverture pour des professionnels et des bénévoles trop peu en contact jusqu’à maintenant avec la multiplicité du tissu social français contemporain. Ces approches par les sciences sociales commencent à se généraliser en grande ville où le phénomène migratoire s’est intensifié depuis plusieurs dizaines années. Le milieu rural et les petites et moyennes villes se trouvent depuis quelques temps face au défi de s’adapter à un monde en mouvement. La MPOB « fabrique » des liens par les pratiques de l’oralité (débat, pratiques culturelles orales comme la musique et le récit, convivialité, création d’espace de prise de parole et de confidence, démocratisation de la réflexion et de la recherche scientifique). Elle analyse finement les pratiques des personnes avec lesquelles elle travaille pour inventer des espaces de dialogue et d’expression autour de sujets d’actualité et de problèmes rendus trop souvent tabous. Elle met en œuvre 6 étapes dans les démarches qu’elle conduit :
1- aller au-devant des publics non-captifs, invisibles et/ou discriminés
2- créer des espaces de confiance et de prise de parole
3- introduire une réflexion de haut niveau auprès de tous
4- rassembler et recréer du collectif
5- fluidifier les partenariats et la complémentarité/cohérence des dispositifs
6- créer à terme des échanges au sein de l’espace public

Qu’est-ce qu’une recherche-action participative ?

Il serait plus juste de parler de « recherche-expérimentation », il s’agit d’une pratique de l’ethnologie qui se met à l’ouvrage, dans le cadre d’expérimentations avec des acteurs qui tentent de transformer un contexte. L’ethnologie en situation d’expérimentation apporte sa contribution en traduisant auprès des participants l’actualité de la réflexion dans les disciplines des sciences sociales. : en l’occurrence, les travaux sur l’hospitalité communale (Michel Agier), sur la subjectivation des migrants (Michel Wieviorka), sur l’ethnopsychiatrie (Tobbie Nathan), sur la situation anthropologique en Bulgarie (Olivier Givre, Alexandra Clavé-Mercier). De plus, les principes de l’ethnologie sont mobilisés pour inventer des issues pratiques liées aux contextes émergeants d’interculturalité. Ce type de démarche nécessite de « créer du temps » pour que l’ensemble des participants accède à l’observation et à l’analyse. Ce type de démarche vise à produire des nouvelles connaissances et favorise la mise en œuvre d’actions concrètes portées par les acteurs. Elle est participative car le chercheur ne se place pas en surplomb des acteurs, mais un principe d’horizontalité permet de mettre autour de la table des savoirs différents, sans les hiérarchiser, afin de composer en commun des connaissances et des actions avec l’ensemble des acteurs impliqués.

Une approche compréhensive et critique

Une compétence à la fois scientifique et culturelle, au sens large des cultures humaines, de statut associatif et reconnue et financée à un niveau régional (Conseil régional de B-FC et DRAC) et national (ministère de la culture, partenariat avec des laboratoires de recherche dans différentes universités), à l’intérêt de ne pas être emprisonnée par une commande ou l’approche unique des acteurs locaux. La MPOB conduit en effet son propre programme de recherche et ses propres hypothèses validées par des instances scientifiques et étatiques. Elle a soin de les poser comme contre-point et possibilité de distance critique par rapport aux réalités des territoires et de ses commanditaires. Elle est force de proposition car elle a le souci de percevoir l’ambiance territoriale et les espaces où ses compétences sont utiles. Sa posture est toujours compréhensive, c’est à dire que les professionnels de la MPOB utilisent la méthode d’entretien ethnologique pour comprendre comment chaque acteur regarde la situation qu’il vit. L’enjeu réside dans le fait de créer du commun et du débat à partir de tous ces regards.

Des modalités de travail inspirées de l’éducation populaire pour moderniser l’action publique

Les expérimentations conduites par la MPOB depuis une dizaine d’années ont permis d’identifier des dysfonctionnements structurels récurrents qui empêchent le changement et l’adaptation au sein de l’action publique (collectivités, milieu scolaire, milieu associatif, institutions patrimoniales). La MPOB propose des méthodes qui tentent de répondre à l’envie des agents de retrouver du sens et des pratiques en adéquation avec leur conscience professionnelle et citoyenne, quel que soit leur niveau de qualification. La MPOB utilise des outils légers et décalés parce qu’il y a un besoin explicite au sein des institutions de « faire baisser la pression », d’avoir des espaces pour prendre du recul, de ne pas perdre de temps ni démultiplier les réunions. Renforcer les compétences internes, transformer les réunions en atelier de recherche et d’action, structurer le lien entre les institutions, sortir des rigidités de la routine dans les modalités de l’intervention publique sont les principes qui guident l’innovation méthodologique tout au long de la démarche.

À tout moment, n’hésitez pas à nous faire part de vos réactions ou à solliciter de plus amples informations

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